vendredi 13 mars 2009

L'Asile de la pureté. Difficile de donner l'heure juste sur ce spectacle tant il a remis en question - et tant il le fait toujours à sa deuxième semaine de représentations - son lot de presques certitudes. D'abord le travail, douloureux dans tous les sens du termes : un condensé de tentatives et d'errances accumulées sur six petites semaines de cette fin d'hiver. Un va-et-vient entre cabotinage et implication totale qui m'a laissé pantois en plusieurs occasions. Dur d'atteindre une forme d'absolu lorsqu'on se vautre constamment dans le burlesque d'un commentaire presque sadique à l'encontre du mauvais goût. Heureusement, Martin Faucher, notre metteur en scène connaissait son sujet ; il en était à sa troisième mouture du spectacle. La bonne idée a été de lui faire confiance du début à la fin. Mais, le trac s'est emparé de moi à quelques heures de la générale du spectacle et on peut dire qu'il commence à peine à se dissiper. Il faut mentionner également la difficulté technique du morceau soit une présence en scène de presque deux heures sans possibilités d'abreuvement ou de soulagement. L'autre difficulté majeure est le défi que pose le langage de Gauvreau ; il y a cet exploréen évidemment qui demande un effort de concentration inhumain, mais tout le reste aussi nécéssite un abandon et une confiance en les mots rarement égalé en un texte dramatique. Aujourd'hui, nous sommes tous portés par la vague de cette somme d'efforts et nous savourons chacun de nos instants passés sur scène. Je tiens à mentionner, car cela est plutôt rare, que sur l'ensemble des publics que nous avons eu jusqu'à présent, le plus concerné et attentif fut sans nul doute celui rencontré hier après-midi et qui était constitué d'étudiants de deuxième cycle de 5-6 écoles secondaires de la région de Québec. Nous les avons embarqué dans cette quête d'absolu et ce fut un moment de vrai bonheur.

mercredi 18 février 2009

J'ose m'adonner ici à un exercice d'anticipation périlleux. Un exercice qui donnera invariablement dans le pessimisme étant donné l'état des lieux. Ceux qui souffrent d'une trop grande immersion dans le défaitisme ambiant feront mieux d'interrompre ici leur lecture pour les autres voici ce que cela donne.

Téléportons-nous en 2100, d'ici trois ou quatre générations. La population du Québec est maintenant de près de 10 millions d'habitants et la ville de Québec est toujours la capitale de cette province d'Amérique. Montréal n'est plus à proprement parler une ville québécoise maintenant qu’elle porte le statut de "mégapole indépendante" au même titre que Mexico et Vancouver. On n'y parle plus que l'anglais.

Québec, elle, frôle le million d'habitants ; la ville est enfin devenue terre d'asile pour des milliers d'immigrants qui n'y craignent plus le froid. L'économie tourne rondement, la ville est encore belle, les touristes s'y bousculent toujours été comme hiver. On y résiste encore à l'anglicisation échevelée venant du sud. Elle est devenue d’ailleurs une sorte de curiosité dans le paysage géopolitique planétaire, comme Kaliningrad ou Bilbao. Et les Français de France sont les premiers à s'étonner de cette vaillante pérénité.

Depuis trente ans déjà on ne parle plus de pays à faire ici, et la langue française n'y serait plus en danger depuis que le Programme de Sauvetage des Langues en Péril de l'UNESCO s'est emparé du dossier. Des représentants d'Asie Centrale et de Laponie notamment ont été mandatés pour veiller à la protection de notre dialecte coloré. Cela nous étonne et nous ne savons trop comment les considérer ; comme des invités de marque ou comme des oiseaux de malheur?

D'autant que désormais l'État n'investit plus vraiment d'argent dans la culture. On supporte plutôt les différents conglomérats qui orientent judicieusement, via des réseaux informatiques précisément consacrés à cela, l’éventail des possibilités de divertissement. Chaque citoyen y trouve son compte et les vieilles salles de spectacles du siècle dernier sont maintenant utilisées par des entreprises qui y organisent des stages de motivation pour leurs employés. Il arrive encore que, par temps très chaud, des groupes de 10 ou 15 personnes se forme spontanément et on déambule masqué dans les rues en cognant rageusement sur des couvercles de métal, scandant des slogans de liberté. Cela indispose la population, mais on appelle ces manifestations de la dissidence et on dit que malheureusement cela est inévitable.

Dans ce coin de planète, j’ai des arrières-arrières-arrières petits enfants qui feuillettent de vieilles découpures de journeaux trouvées dans un grenier. On y parle d’un de leur lointain aïeul qui se produisait de temps à autre sur les planches de cette belle ville. Cet homme faisait du théâtre – comme les grecs de l’Antiquité - et semblait animé d’une indécrotable motivation pour cela. Cela ne manque pas de les faire sourire et, se bousculant à l’appel de la sirène, ils s’étonnent ensemble que cela ait pu exister.

mercredi 21 janvier 2009

Qu'on aime ou non le genre, on ne pourra pas prétendre que Hedda Gabler est une mauvaise pièce. Je suis d'accord, c'est un drame bourgeois qui a tout pour être rébabarbatif. Je l'admet, il dépeint un univers que nous connaissons mal, auquel il nous est difficile de s'identifier, une société peuplée de gens oisifs, jaloux, envieux et faussement intéressés. Une société dans laquelle notre héroïne joue les trouble-fête. Mais on n'a qu'à penser à la série de réglements de compte dans le milieu médiatico-artistique de Montréal suivant notamment la diffusion du Bye-Bye 2008 pour trouver en cela des références contemporaines nationales. On prétend souvent que Hedda Gabler est une femme avant-gardiste, née à la mauvaise époque, mais moi j'opterais plutôt pour le qualificatif de fouteuse-de-merde de premier ordre comme il y en toujours eue et comme il y en aura toujours. Elle se sait dotée d'un ascendant sur les autres, sur les hommes et elle cherche à tout prix à en profiter au risque de briser la vie des autres postulantes moins bien nanties qu'elle. Elle est méchante et mesquine. Mais je l'aime tant ! Tesman l'aime tant !

Nous entamons, à la Bordée, notre deuxième semaine de représentations. L'accueil médiatique a été très bon, celui du public semble l'être également. Je pense qu'il s'agit là d'une superbe occasion pour prendre contact avec l'un des grands drames de la dramaturgie monté ici dans son intégralité avec un grand souci d'authenticité. Je ne saurais trop vous conseiller de venir nous voir d'ici le 7 février.

D'autre part, les répétitions de L'Asile de la pureté de Claude Gauvreau sont maintenant commencées au Théâtre du Trident. Nous pouvons d'ors et déjà qualifier la proposition de décapante. J'en reparlerai plus longuement lors d'une prochaine intervention.

mardi 6 janvier 2009

Mes résolutions pour 2009 ? Me gâter ! Et gâter ceux que j'aime ! On arrive à Noël à la fin de l'année et on se dit que le temps serait quand même venu de se gâter justement, mais on sait pas trop quoi en faire de ce temps là qu'on a pour nous soudainement alors on fait semblant d'être surpris et heureux. Yé ! On respire un bon coup. On se donne quelques tapes dans le dos, quelques baisers sur la joue (en stressant de savoir si ce coup-là on l'a pas attraper l'osto de grippe qui court dans famille) et on repart ?!? Attention, non, moi, je me gâte et me repose cette année...

En commençant par Hedda Gabler au Théâtre de la Bordée dès le 13 janvier. J'y interprète le rôle de Tesman, rat de bibliothèque malencontreusement et nouvellement marié avec la belle mais instable Hedda Gabler (magnifique Véronique Côté). Je me suis amusé à composé un personnage aux réactions trop spontanées, aux éclats de joie soudains et ridicules, aux pertes de contrôle et aux dérapages, aux idées embrouillées, de même que les émotions notamment dans le mélange jalousie/admiration qu'il porte à son bon ami Lovborg (troublant Jean-Sébastien Ouellette, mon cousin!) et jusque dans les maladresses physiques. Cela donne un drôle de cocktail vraiment plaisant à explorer dans une oeuvre si dense et si complexe (Ibsen, 1890). L'entrée en salle se fait cette semaine et tout devrait se fixer là.

mardi 23 décembre 2008

Exit Cyrano

Cyrano de Bergerac est maintenant terminé. Quelle belle aventure ! D'abord l'équipe d'acteurs et d'actrices qui m'ont entouré là-dessus : des gens de métier, généreux et talentueux à souhait, qui étaient toujours là pour m'encourager quand je me sentais un peu moins en forme. Ensuite, le spectacle comme tel, tellement agréable à rendre et vraiment bien rodé même si, jusqu'à la fin, les notes de jeu du metteur en scène étaient encore nécéssaires afin de l'améliorer. Qui sait s'il y aura une autre nouvelle tournée du spectacle en 2009 ? On en attend la confirmation du Théâtre du Trident, mais je l'espère bien.

Ainsi s'achève donc l'année 2008 qui fut particulièrement achalandée. Je m'en souhaite un peu moins, en fait, pour 2009 même si le début d'année s'annonce lui aussi mouvementé. Nous verrons. Chaque chose en son temps. J'aime tellement être sur une scène et jouer que j'ai peur de m'ennuyer mortellement le jour où tout cela s'arrêtera.

Joyeuses fêtes à tous et à toutes et bonne année 2009 !

jeudi 11 décembre 2008

...et de 50 !

Nous avons dépassé le cap des 50 représentations de Cyrano de Bergerac, ici, à Ottawa. Le travail de conquête reste le même : titanesque, à recommencer soir après soir. J'avoue que cela peut être épuisant à la longue et qu'il peut être difficile à mener. C'est que le public qui assiste à une représentation de Cyrano de Bergerac a de telles attentes ! À Québec, c'était plus simple car le public du Trident avait dans sa majorité une petite idée de la manière dont le show serait rendu : la plupart des spectateurs m'avaient déjà vu jouer et savait un peu à quoi s'en tenir. En tournée, c'est tellement différent ; parce que je ne suis pas un acteur réputé, parce que je n'ai que 35 ans et parce que ce rôle paraît, à prime abord, conçu pour des acteurs à l'ego autrement plus affirmé, la perplexité est de mise. Et cela m'épuise un peu. Ceux qui accepteront d'emblée de s'en remettre à notre sincère équipe n'y verrons que du feu, mais certains demeureront avec ces idées préconçues et cela semble peine perdue. Sans parler des groupes étudiants au sein desquels certains éléments ne se gènent vraiment pas pour éructer ou nous bailler en plein visage. Je vais avoir besoin d'un peu de repos pour laisser retomber tout cela car la fatigue - physique et psychique - commence à se faire sentir sérieusement.

dimanche 23 novembre 2008

Entre quatre chaises

Nous venons à peine de revenir d'une bonne portion de tournée. Nous avons rencontré des publics forts différents allant de ceux reconnaissants et spontanément enchantés que nous nous soyons déplacés si loin (Saguenay ou Sept-Îles) à des publics plutôt sceptiques d'apprendre qu'une gang de Québec sans acteurs connus (i.e. n'évoluant pas à la télévision) avait réussi à monter sans trop de concession ce monument de la dramaturgie qu'est Cyrano de Bergerac. Tel fut le cas à Longueuil même si notre spectacle - du moins dans sa version pour adulte - m'y a semblé particulièrement réussi.

La pause de deux semaines fera du bien à l'ensemble de l'équipe. À ceux qui, comme moi, ont deux petits "moxes" à la maison et aux autres qui entretiennent des vies sociales actives ici, à Québec. Nous complèterons finalement notre tournée 2008 par la diffusion du spectacle à Ottawa, chez Wajdi Mouawad, au Centre National des Arts. Cela promet.

De mon côté, j'enchaîne donc avec Le Psychomaton. La première est mercredi prochain. On m'annonce qu'il reste de bons billets et je ne saurai trop vous recommander de venir assister à l'une ou l'autre de nos représentations. C'est un très bon ce spectacle, une création originale et croustillante.

Sinon, je termine l'apprentissage du texte de Tesman dans Hedda Gabler de Henrik Ibsen présenté en janvier au Théâtre de la Bordée et je débute celui de Donatien Marcassilar dans L'Asile de la pureté de Claude Gauvreau, présenté au Théâtre du Trident en mars prochain. Deux gros morceaux, bien différents, deux beaux problèmes en apparence insolubles dont j'ignore pour l'instant tous les tenants et aboutissants même si les répétitions de Hedda Gabler sont déjà bien entamées et que, sous la direction soignée de Lorraine Côté, nous en comprenons graduellement tous les enjeux.

Enfin, je suis très fier de l'honneur que l'on m'a fait la semaine dernière en me remettant le prix Paul-Hébert d'interprétation pour le rôle de Cyrano. Après le prix des Abonnés du Théâtre du Trident pour le même rôle et le prix de la critique remis à l'ensemble de l'équipe, je considère que nous avons été particulièrement gâtés jusqu'à présent par cette incroyable aventure.