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Cela fait plus de trois mois que je ne me suis pas exprimé sur cette page. C'est long trois mois. Une saison entière. Que m'est-il arrivé durant ces longs mois d'automne ? Peu de choses en fait. J'en ai passé la plus grande partie en tournée, d'abord avec la Trilogie des Dragons à Lisbonne en octobre puis avec On achève bien les chevaux en tournée au Québec jusqu'à tout récemment. D'ailleurs, je n'ai pas eu l'occasion de remplir de feuilles mortes nos cinquante sacs annuels et je reviens à la maison avec cinq pieds de neige de tombée... déjà. Les miens m'ont beaucoup manqués et si je ne me retenais pas je crois que je m'enfermerais chez moi pour les trois prochains mois pour savourer une fois encore toutes ces saveurs qui font mon quotidien.Lisbonne, c'est superbe ! C'est une ville de la grosseur de Montréal, mais déjà beaucoup plus humaine. Pas de centre-ville, mais plusieurs petits quartiers tous différents : l'Alfama populaire et pentu, le Bairro Alto, perché là-aussi, un quartier où l'on ne se couche jamais, le Rossio avec ces petites artères rectilignes et ses grandes places... Impressionnant. Les Portuguais sont adorables, gentils comme tout et le coût de la vie est très bas pour un pays européen. En plus, comme touriste, on a plus de chance de se faire comprendre si on parle le français que l'anglais, ce qui est plutôt rare. Seul bémol, le peu de spectateurs qui ont assistés à nos représentations. Un peu ridicule en fait de fournir tous ces efforts pour une poignée de gens...
Quant à la tournée québécoise de On achève bien les chevaux co-production Théâtre Niveau Parking et Les Enfants Terribles, elle fut éreintante quoique très bien organisée. Éreintante car nous avons parcouru le Québec presque en entier : nous sommes montés jusqu'à Sept-Îles après être passés, entre autre, par New Richmond et la banlieue de Montréal. Beaucoup de spectateurs ont assisté au 17 représentation jouées au cours de cette tournée et n'eut été de la blessure subie par l'une des actrices à Longueuil vendredi dernier, blessure qui nous a forcé à annuler notre dernier spectacle à Mont-Laurier lundi, nous aurions connu un sans faute. Nous amorçons demain une dernière série de représentations au Périscope à Québec là où nous avions crée le show l'automne dernier.Voilà pour la mise à jour. Je reviendrai bientôt avec l'intégralité du texte que m'a commandé le magazine l'Actualité-Rogers pour les 400 ans de Québec. Ce texte, on l'a amputé de moitié à sa parution la semaine dernière dans le numéro souvenir sur Québec. Il m'apparaît important, ici, de le remettre dans son contexte.
Dimanche soir, à Montréal, on m'a remis un trophée - le Masque de l'interprétation masculine - pour mon rôle de Hugo Barine dans les Mains sales de Jean-Paul Sartre, présenté au Théâtre du Trident l'hiver dernier. Je ne sais trop si l'on doit s'habituer à recevoir ce genre d'honneur, mais je peux, sans honte, affirmer que l'instant fut pour moi des plus émotionnant. Devant mes pairs, en allant chercher mon prix, il m'a été très difficile d'exprimer toute ma gratitude ; j'en ai oublié de nommer et de remercier ma propre metteur en scène, Marie Gignac. Submergé par l'émotion, mon laïus s'apparentait à plus un charabia, une énumération pêle-mêle de tous ceux qui me venaient en tête. Je crois quand même avoir dit l'essentiel, notamment à quel point ce prix était important pour moi, à quel point il avait sa signification. C'est, en tout cas, un sérieux coup de pouce pour ce qui s'en vient.
J'ai une petite famille. Mon épouse se prénomme Elena. Nous nous sommes mariés en 1996. Nous avons deux enfants : Adèle, 7 ans, et Élie, 5 ans. Nous formons, à nous quatre, une équipe formidable dont je suis particulièrement fier.
Nous venons sans aucun doute de passer quelques uns de nos plus beaux moments. Notre été, court et entrecoupé de nombreux aller-retours en Europe pour la Trilogie des Dragons, fut couronné, la semaine dernière, d'un séjour au parc du Bic dans le Bas-du-Fleuve, séjour où nous avons expérimenté les joies - et les quelques déboires - du camping. Je tiens à souligner le grand professionnalisme et les belles initiatives de la Sepaq, l'organisme public en charge de la gestion des parcs québécois. Une attention toute particulière est apporté à la propreté des équipements et à leur entretien de sorte qu'on a réellement l'impression de circuler dans un lieu protégé et unique. Chapeau également aux naturalistes qui participent aux activités qui y sont proposées chaque jour. Nous allons renouveler l'expérience le plus souvent possible.
Nous avons également poursuivi cet été notre travail autour de la prochaine création du Théâtre Niveau Parking (Lentement la beauté, Les Mots fantômes). Après s'être laissé au printemps sur quelques improvisations considérées comme constructives, nous planchons actuellement sur une première phase d'écriture dans laquelle nous concevons un texte à relais, se passant celui-ci d'équipier en équipier. Cet exercice devrait donner un outil de travail qui servira pour notre seconde phase d'improvisations où nous élaborerons le canevas de notre futur spectacle. La particularité de cet exercice d'écriture, outre le fait d'impliquer chacun des membres à tour de rôle, réside dans le fait que nous écrivons cette fois-ci à partir du point de vue de 5 personnages différents qui sont ressortis suite à notre première semaine d'atelier. Personnellement, j'adore cette façon de travailler : d'abord parce qu'elle me force à écrire et parce qu'elle n'implique aucune censure puisque nous n'y refererons ultérieurement qu'au gré de nos besoins et de nos envies.
Je devrai bientôt amorcer deux autres projets totalement nouveaux. D'abord m'attaquer au texte de Cyrano de Bergerac, rôle que je défendrai au Théâtre du Trident en mars 2008. Il s'avère être l'un des plus grand du répertoire. Voilà pourquoi je m'y attèle 6 mois d'avance. Je débute aussi mon travail de metteur en scène sur le texte d'Eric-Emmanuel Schmidt, "Les Variations énigmatiques" où j'aurai à diriger un duo d'acteurs (et d'amis) formidables : Emmanuel Bédard et Vincent Champoux. Notre première est en... avril. Donc, là aussi nous nous y prenons bien à l'avance pour être certain de ne pas être à court de temps.
Je ne m'étais jamais senti aussi loin. Moscou - on l'oublie - est la plus grande ville d'Europe en terme de population. On parle d'une mégapole de plus de 10 millions d'habitants et qui est en totale reconstruction. Mais, contrairement à Berlin où tout semble aller de soit, les transformations qui s'opèrent paraissent totalement anarchiques. Ou c'est cette circulation démente dans laquelle s'affronte vieilles Lada soviétiques et 4x4 rutilants qui nous donne cette impression ; ou encore ce métro où l'on ne finit plus de descendre sous terre pour aboutir dans une marée humaine, comme l'intérieur d'une termitière. Dehors, à la tombée de la nuit, des cavalières montées sur de vrais chevaux circulent entre les ivrognes et les splendides moscovites.
Les gens là-bas sont fondamentalement gentils. Ils semblent nous trouver charmants, perdus que nous-sommes dans cette immensité. Au sourire, il répondent par un sourire. On sent chez eux une force tranquille et je n'ai aucune difficulté à les imaginer tenant tête aux exhubérants Américains. C'était donc cela la Guerre Froide. Ces gens se sont tenus debout et malgré la faillite du système politique qu'ils s'efforcaient de mettre en place, ils continuent de croire qu'à l'aboutissement, ils auront raison. Et la Chine qui rugit un peu plus à l'Est... Que nous réserve cet avenir...?La Trilogie a connu là un succès bien appréciable. Nous fermions le Festival avec ce spectacle et, après deux mois de festivités théâtrales, on pouvait croire que les gens du public et de l'organisation de l'événement en avaient soupé du théâtre. Ils avaient peut-être hâte d'aller se prélasser quelques jours dans leur datcha. On ne leur en voudra pas. Pour d'autres cependant nous fûmes un coup de coeur et cela valait cent fois la peine de s'y produire.
Je quitte Québec pour Moscou mardi. Mission : les 5 shows de la Trilogie des Dragons qui y seront présentés.Je me sens encroûté après trois semaines d'arrêt. Comme quoi le corps de l'acteur (et sa tête, sa mémoire...) compose une machine qui devrait nécessiter un certain rodage avant d'être ré-utilisée. Malheureusement, dans le cas de la Trilogie, notre ré-immersion s'apparente souvent à une plongée du tremplin de 10m dans l'eau glacée. Un "déwrinchage" en règle dans un laps de temps plutôt court ; une seule petite journée pour se ré-approprier tout ça. Après cela, toute autre épreuve est de la petite bière.Moscou. Je vais arriver là sans autre idée préconçues que celles que l'on colporte de toute manière un peu partout. Ville dangeureuse, ville des extrêmes. Ville du glamour effrené et des règlements de comptes. Gulp. Ville ou des meutes de jeunes paumés assassinent les mendiants à coup de bottes. Ville ou les noirs sont rossés ou à tout le moins insultés par les passants. Ville ou les taxis sont des hors-la-loi. Ce sont des idées reçues vous l'aurez deviné. Mais quand même j'ai un peu la chienne. J'ai hâte d'être revenu pour écrire mes impressions.
Je reviens d'un séjour en Europe initié par quelques représentations de la Trilogie des Dragons à Zurich, suivi d'un court séjour en Italie à Gênes, La Spezia et Milan.
Les Zurichois ont très bien accueilli notre spectacle à la Schiffbau. Très peu de réactions mais une écoute exemplaire et, à la fin de chaque représentation, une claque qui s'amplifiait au fil des rappels. Ma femme, qui assistait au spectacle pour la 3e fois et pour la première fois en terre étrangère, a été impressionnée par l'accueil du public. Quant aux habitants de la ville, somme toute petite (350 000 hab.), ils nous ont paru bien sympathiques mais plutôt distants. Zurich est un pur bonheur à arpenter : propre, silencieuse, bordée de colline entre lesquelles s'insèrent le lac, des rivières et des canaux. L'illusion de ce que pourrait devenir la Terre entière si on y mettait du nôtre.Quant à l'Italie du Nord, Ligurie et Lombardie, beaucoup de monde (trop ?) qui ne cherchent visiblement pas à contrôler leurs décibels. Une vie grouillante même dans une ville de plus petite importance comme La Spezia (100 000 hab.) au fond de la baie des Poètes. Des services offerts de manière bien sympathique mais, c'est vrai, il est très difficile d'être tout à fait autonome lorsqu'on s'y pointe en touriste. À mettre au rang des qualités : le "vivre et laisser vivre" qui prévaut partout, même à Milan, ville de la mode et du design, et la grande gentillesse des Italiens. La quantité d'oeuvres d'art que recèle ce pays est toujours impressionnante. Au final, nous avons adoré notre séjour. Petite mention pour l'hôtel Aurora sur le corso Buenos Aires à Milan - accueil, service, qualité et prix difficile à battre.Je suis de garde à la maison pour les trois prochaines semaines. Ma fille a profité de notre absence pour conclure en beauté sa première année élémentaire. Elle est donc en vacances. Et moi aussi. Musées, grandes marches, lecture, baignade et bicyclette seront au programme. De quoi s'occuper bien comme il faut.Prochaine escale : Moscou à la mi-juillet. Nous y referons la Trilogie des Dragons dans le cadre d'un evènement entièrement consacré à Robert Lepage. Quatre de ses dernières productions y sont présentées l'une à la suite de l'autre.
Ce week-end j'étais de la distribution du fantasmatique et défoulant spectacle "Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent" concocté par Loui Maufette et présenté dans le cadre des Théâtres d'Ailleurs à Québec. Pour deux représentations seulement, au travers d'une troupe de 21 comédiens de tous âges et de toutes écoles, je me suis délecté des mots agencés par Patrice Desbiens, Robert Lalonde ou Henri Chassé. Autour de moi, de splendides acteurs et actrices ponctuaient à leur de leur voix, de leur geste ou de leurs silences l'ensemble de cette immense révérence faite à la Poésie. Pure jouissance ! Aux premières loges, je me suis senti des plus privilégié notamment lorsque Esther Gaudette et Clara Furey ont offert leur morceau de danse. Même moment de grâce lors des quelques tours de chants qui étaient proposés. Et la rage de dire qui jaillissait de chacun des lecteurs m'a transporté. Ce serait bien que cette aventure se poursuive car il y a là quelque chose, c'est certain.